L'Afpar à l'ère de l'IA !

26/02/2025

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Teddy Lun-Kwok-Sui

 

 

Face à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle et sa démocratisation, les métiers du design numérique et de l’infographie connaissent une transformation sans précédent. Teddy Lun-Kwok-Sui, formateur depuis plus de 20 ans à l’AFPAR dans les métiers du numérique et plus particulièrement aujourd’hui en infographie et UI-UX design à l’AFPAR de Saint-André, nous partage sa vision de l’impact de l’IA dans les métiers créatifs, les opportunités qu’elle offre et les défis qu’elle impose. Entre créativité augmentée et nouvelles compétences, découvrez les défis de la formation et du numérique qui sont à relever dès aujourd’hui !

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de ce qui vous a amené à devenir formateur dans le domaine du numérique et plus précisément en infographie et UI-UX design à l’AFPAR ?

Au début des années 2000, après avoir achevé mes études en informatique à l’Université de La Réunion, j’ai eu l’opportunité d’effectuer mon service militaire en tant que Volontaire à l’Aide Technique. J’étais intégré à une équipe dynamique en recherche et développement, tout en dispensant des cours d’informatique à des étudiants en DEUG et en DESS. Cette expérience m’a permis de combiner rigueur technique et transmission de connaissances. Par la suite, j’ai rejoint une SSII où j’ai travaillé durant quatre ans sur des projets de développement web variés pour des clients su secteur publics et privés, allant des municipalités aux entreprises marchandes, en passant par le tourisme et l’audiovisuel dans la zone Océan Indien. À cette époque, les perspectives offertes par le numérique étaient enthousiasmantes, promettant des évolutions technologiques significatives et une multitude d’opportunités professionnelles. Mes missions variées m’ont permis d’occuper des postes très enrichissants : infographiste, développeur web, chef de projet et responsable d’équipe. Lors du déploiement d’un nouvel outil pour une grande municipalité, j’ai eu l’opportunité de former l’ensemble du personnel à cette transition numérique. Cette expérience fut un véritable tournant : j’ai découvert ma vocation pour la formation professionnelle. C’est ainsi que, porté par mon intérêt pour l’accompagnement des adultes en formation, j’ai rejoint l’AFPAR. Depuis 20 ans, j’ai formé des générations de professionnels : développeurs logiciels, infographistes multimédia, designers web, et plus récemment, concepteurs designers UI et infographistes metteurs en page.

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"Ces innovations ont parfois bouleversé nos métiers, mais elles ont toujours révélé une constante : l’humain reste au centre du processus créatif."

L’IA peut-elle un jour remplacer complètement les graphistes et designers, ou pensez-vous que leur rôle restera essentiel ?

Ces questions suscitent toujours des débats animés. Entre enthousiasme et appréhension, les opinions divergent. Si l’outil séduit par ses promesses, nos expériences passées nous incitent à la prudence. Pour mieux comprendre l’avenir, il faut se tourner vers le passé. À 50 ans, je n’ai pas connu les cartes perforées, mais j’ai vu défiler une multitude de révolutions technologiques : du magnétoscope aux premiers

écrans tactiles, des bases de données à l’IA. Ces innovations ont parfois bouleversé nos métiers, mais elles ont toujours révélé une constante : l’humain reste au centre du processus créatif. D’un point de vue de l’anthropologie du numérique, Alan Turing nous apprendrait que rien n’a changé, le modèle est le même, simplement que tout est miniaturisé et exponentiellement plus rapide. A l’échelle de l’humanité, fermer les yeux sur l’avènement de l’IA c’est le néandertal qui cède la place à la nouvelle espèce qui aura su s’adapter. Pourtant, l’IA ne cherche pas à remplacer le designer, mais elle redéfinit son rôle, en le recentrant sur des tâches à forte valeur ajoutée, comme la conceptualisation et l’interprétation.

Quel rôle les formations comme celles proposées par l’AFPAR jouent-elles dans l’accompagnement des stagiaires pour s’adapter à ces évolutions technologiques ?

À l’AFPAR, mon rôle de formateur est de renforcer la confiance des stagiaires et de stimuler leur prise de conscience face aux défis et opportunités d’un monde technologique en constante mutation. L’approche pédagogique que nous utilisons privilégie la pratique et la compréhension par l’expérience, à partir de mises en situation concrètes qui permettent de ressentir, comprendre et finalement formaliser les notions en concepts élaborés. Notre objectif est de privilégier une méthode d’apprentissage qui favorise la compréhension et l’adaptabilité, plutôt que l’accumulation de connaissances. Typiquement, posséder un appareil photo ne fait pas de moi un photographe. Pareillement, si posséder le savoir n’est pas comprendre, il nous faut apprendre à comprendre. En travaillant sur des projets réels, les stagiaires acquièrent non seulement des compétences, mais aussi une identité professionnelle. Ils passent ainsi du statut de novices possédant des compétences techniques à celui de professionnels pleinement conscients de leur rôle et de leurs responsabilités.

Est-ce que l’IA est une source d’enthousiasme ou d’inquiétude pour vos stagiaires ?

Les stagiaires de l’AFPAR, souvent des adultes en reconversion, manifestent une certaine maturité qui leur permet d’aborder l’IA avec pragmatisme. Dans l’ensemble, ils se montrent enthousiastes, car ils perçoivent le potentiel de l’IA pour enrichir leurs compétences et optimiser leurs projets. Cependant, leur principale inquiétude réside dans la manière d’utiliser correctement ces outils. Ils sont en quête de méthodologie, cherchant à intégrer l’IA de manière réfléchie et efficace dans leurs pratiques professionnelles.

Si vous aviez une prédiction à faire, comment l’IA va-t-elle remodeler le paysage du design d’ici cinq à dix ans ?

Au l’instant où je vous parle, l’IA est déjà très avancée et continue de progresser, ce qui promet de transformer profondément le paysage du design. Je pense que l’avenir repose sur une interconnexion accrue entre différentes technologies assistées par l’IA : géolocalisation, reconnaissance d’image, drones, impression 3D, et bien plus encore. Ces innovations, si elles sont utilisées de manière raisonnée, pourraient non seulement améliorer notre quotidien, mais aussi répondre à des enjeux majeurs, comme sauver des vies ou développer des solutions durables. Cependant, je reste conscient des défis que cela pose. L’IA, aussi performante soit-elle, doit être intégrée de manière responsable, avec une réflexion constante sur ses impacts sociaux et éthiques. Je garde espoir dans notre capacité collective à utiliser ces technologies pour construire un avenir meilleur, tout en préservant ce qui fait de nous des humains.

Quels projets ou initiatives innovantes avez-vous en tête pour approfondir l’intégration de l’IA dans vos formations ?

À l’AFPAR, nous formons à des métiers variés, tous potentiellement impactés par l’IA. Une initiative qui me tient à cœur serait de développer des projets interdisciplinaires, où l’IA serait utilisée comme un levier créatif pour enrichir les pratiques professionnelles. Un exemple concret : j’ai récemment collaboré avec Eric Lecerf, formateur en pâtisserie-chocolaterie, sur un projet de sculpture en chocolat. Nous avons utilisé des pochoirs conçus avec des outils d’infographie, assistés par l’IA. Ce genre de collaboration, qui allie créativité et innovation technologique, ouvre un champ immense de possibilités.

En associant les savoir-faire traditionnels et les technologies de pointe, nous pouvons inspirer les stagiaires à explorer de nouvelles perspectives et à repousser les limites de leur métier.